Le Prix 2020

Le jury international du PRIX FRANKLIN-LAVOISIER, qui s’est réuni le 4 mai 2020, a attribué le prix 2020 conjointement à:

  • Mary Jo NYE, pour sa contribution à l’histoire des Sciences chimiques depuis le 18ème siècle, principalement aux Etats-Unis, en France, en Angleterre et en Allemagne et à la compréhension des relations entre les découvertes scientifiques et les phénomènes politiques et sociaux qui en a résulté.
  • Alan ROCKE, pour ses travaux de recherche historique consacrés au développement de la Chimie en Europe au 19ème siècle qui ont conduit à la publication de nombreux ouvrages de très grande qualité qui font désormais référence.

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Le Professeur Mary Jo Nye, professeur américaine, historienne des sciences, membre émérite du département d’histoire de l’Université d’Etat de l’Oregon (Oregon State University, Corvallis, Oregon, USA), est particulièrement connue pour son travail sur les relations entre les découvertes scientifiques et les phénomènes politiques et sociaux. 

Le Professeur Nye a reçu de nombreuses récompenses pour ses livres, ouvrages remarquablement documentés, et très appréciés dans les milieux scientifiques par la rigueur de leur rédaction s’appuyant sur des documents nombreux et de grande qualité scientifique.

Elle y explore de nombreux domaines de recherche :

  • L’histoire de la chimie et de la physique depuis le 18ème siècle en Europe de l’Ouest, la Grande-Bretagne et les États-Unis.
  • L’histoire sociale et culturelle des sciences, notamment les sciences de laboratoire, les études universitaires et les activités politiques et sociales de scientifiques.
  • La philosophie de la science, notamment les relations entre la théorie et les preuves.
  • Les travaux de Michael Polanyi et P. M. S. Blackett.

En 1970, Mary Jo Nye a commencé à enseigner à temps partiel à l’Université de l’Oklahoma. Elle a été nommée Professeure Assistante en 1975, Professeure Agrégée en 1978. Elle a servi comme Présidente par Intérim du département d’Histoire des Sciences en 1981, et est devenue Professeure titulaire en 1985. En 1991, elle a été nommée George Lynn Cross Professeure de Recherche en Histoire des Sciences.

Avec son mari, également membre de la faculté, elle se rendait fréquemment en France pour leurs recherches. Leurs intérêts se sont ensuite élargis pour inclure l’Angleterre et l’Allemagne.

Le Professeur Nye a étudié le physicien Britannique et lauréat du prix Nobel P. M. S. Blackett.

En 1993, elle fut nommée Président du Département d’Histoire des Sciences de l’Université de l’Oklahoma.

En 1994 elle fut, conjointement avec son mari, co-nommée Thomas Hart et Mary Jones Horning Professeur de Lettres et Professeur d’Histoire à l’Université d’Etat de l’Oregon. Elle s’est intéressée alors à Linus Pauling, dont les articles sont archivés par l’université, et dont la carrière couvre une grande partie du 20ème siècle. Elle a également travaillé sur le philosophe et physico-chimiste hongrois Michael Polanyi. Elle a pris sa retraite de l’Université d’Etat de l’Oregon en 2009.

Mary Jo Nye fut membre active de la Société d’Histoire de la Science (HSS), siégeant en tant que Vice-Présidente en 1987. Elle a également servi en tant que Deuxième Vice-Présidente de la Division de l’Histoire des Sciences au sein de l’Union Internationale d’Histoire et de Philosophie des Sciences.

Elle est membre de l’Académie Américaine des Arts et des Sciences, membre de l’Association Américaine pour l’Avancement des Sciences et membre de l’Académie Internationale d’Histoire des Sciences.

Parmi ses autres affiliations, figurent celles de chercheur invité à l’Université de Pittsburgh, à l’Université Rutgers, à l’Institut d’Etudes Avancées de Princeton, au Churchill College de l’Université de Cambridge ainsi qu’au Max Planck Institut fur Wissenschaftsgeschichte de Berlin.

Le Professeur Nye a reçu la médaille Sarton pour l’ensemble de ses réalisations savantes décernée par la History of Science Society en 2006.

En 2013, elle reçoit le Prix John et Martha Morris de la Société d’Histoire de l’Alchimie et de la Chimie pour ses réalisations exceptionnelles dans l’histoire de la chimie, le Prix Roy G. Neville de la Chemical Heritage Foundation pour son livre « Michael Polanyi et sa génération : Les origines de la construction sociale de la science » (2011).

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Alan Rocke, professeur américain, membre émérite du département d’histoire de la Case Western Reserve University de Cleveland (Ohio, USA), a consacré la plus grande partie de sa carrière d’historien de la chimie à l’étude de la chimie en Europe au 19ème siècle (France, Grande-Bretagne, Allemagne).

La carrière universitaire du Professeur Rocke a été presque entièrement consacrée à la Case Western Reserve University, car il a rejoint cette université en 1978 après avoir terminé ses études supérieures à l’Université du Wisconsin.

Le travail d’Alan Rocke emmène ses lecteurs à travers les siècles et dans le monde. Il met en valeur l’imagination, la créativité et le dévouement de ses sujets. Il ouvre un monde scientifique que la plupart n’ont jamais connu.

En tant que professeur d’histoire Henry Eldridge Bourne, le travail du Professeur Rocke a acquis une renommée internationale, ce qui lui vaut une place parmi les plus grands spécialistes de l’histoire des sciences physiques.

Son style d’enseignement interdisciplinaire et engageant lui a valu le Prix Carl F. Wittke de l’Université pour l’enseignement distingué de premier cycle.

Les publications du Professeur Rocke servent d’ouvrages princeps dans le domaine, bien au-delà de la chimie organique dont il trace l’histoire, par la méthode rigoureuse de la quête de l’information, de son usage et de sa restitution au public.

Elles ont ouvert des voies de recherche fécondes que des chercheurs suivants, notamment français, ont emprunté avec succès et qui se sont concrétisés par des publications de référence, précieuses à la fois pour les chercheurs mais également pour l’enseignement de l’histoire de la chimie.

Par son travail de très grande qualité, il a renforcé les liens entre les Etats-Unis et la France, et les liens sur les sujets d’étude comme entre les chercheurs qui s’y consacraient.

Connaissant l’allemand, il a appris le français pour pouvoir lui-même lire les textes dans leur langue originale. Ne se contentant jamais d’utiliser et de synthétiser les apports factuels des autres pour les théoriser, Alan Rocke profitait de ses voyages pour devenir un rat des archives et des bibliothèques, vérifiant les sources, en découvrant d’autres.

La seconde moitié du 19ème siècle est, pour ces trois pays, une période phare dans l’histoire de la chimie, où découvertes, concurrences et communications sous des formes diverses ont contribué à un profond renouvellement de cette science, et généré dans la mémoire collective à la fois des mythes et des oublis.

Le Professeur Rocke, en étudiant en particulier Dalton, Liebig, Kolbe, Kekulé et Wurtz à partir des sources primaires patiemment consultées dans les archives nationales et régionales, ainsi que privées, de ces trois pays, a voulu en tracer une vue objective par une étude contextuelle particulièrement fouillée.  En cela, il a ainsi contribué à valoriser, protéger ce patrimoine archivistique européen et en a montré toute sa richesse.

Son approche interdisciplinaire de l’histoire de la chimie et essentiellement de l’atomisme, a permis à Alan Rocke d’intégrer des paramètres de l’histoire culturelle et intellectuelle dans l’évolution même des concepts chimiques du 19ème siècle, notamment dans l’histoire de l’atomisme chez les chimistes français et allemands.

L’apport encore plus important d’Alan Rocke est d’avoir su tisser des liens indéfectibles avec les historiens français qui travaillaient également sur ce domaine.

Les contributions du Professeur Rocke à la science sont si appréciées, qu’il a été nommé membre à la fois de l’American Association for the Advancement of Science et de l’American Chemical Society. Il a été Président de la section Histoire et Philosophie des Sciences de l’AAAS.

En 2000, il a reçu le Prix Dexter pour ses contributions exceptionnelles à l’histoire de la chimie, un prix décerné par l’American Chemical Society.

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Les Professeur Mary Jo Nye et Alan Rocke recevront ce Prix lors d’une cérémonie officielle qui se déroulera à la Maison de la Chimie, en marge d’un colloque organisé par la Fondation de la Maison de la Chimie.

Les lauréats recevront à cette occasion la somme de 7 500 € chacun correspondant au montant du prix et la médaille en argent, à l’effigie de Laurent de Lavoisier et Benjamin Franklin, créée spécialement pour ce prix de prestige.